DEED JULIUS

Instinct de jeu – Travestissement – Outrance – Ambiguïté – Mélange des genres – Transgression – Expérimentation – Lyrisme

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« Je mens bien sur, Il y a entre moi et le réel une grosse hypothèse. « 

Deed Julius n’est pas un artiste.

Il consacre son temps de vie de « non artiste » à chercher à dénicher et collecter dans le « réel » et le « quotidien » de la matière mystérieuse et poétique, qui sera restituée sous formes diverses (vidéos, photos, textes, performances théâtrales) quand l’occasion et le désir se présente.

Sa méthode se veut hasardeuse et rapide – tout est bon à considérer- le beau et le laid, le bien et le mal, le sublime et le banal, toutes les rencontres, tous les échanges sont une occasion à stimuler une machine psychique à produire des formes vivantes. Jouer avec tout. Tout mélanger. Cette machine semi-automatique, semi-consciente et chaotique se nourrit de désirs, d’émotions et d’un idéal libertaire qui consisterait à ne pas subir ni imposer de pouvoir non consenti.

Son ambition est de créer de l’ambiguïté, des personnages, des images, des relations et des situations où les relations sociales peuvent être bousculées.

Explorer comment une situation peut se modifier quand la vie intérieure et le désir s’expriment avec le minimum d’entraves.

La « réalité » n’étant souvent qu’une image aliénante fabriquée, il pense qu’il est vital de l’augmenter pour faire advenir autre chose de plus stimulant.

Son mode d’expression favori est le jeu qui utilise les armes de l’humour, de l’exhibition, du travestissement, du détournement, du grotesque, de l’outrance, de l’idiotie et de la relation directe avec ceux/celles qui sont là, les yeux dans les yeux.

C’est un projet sérieux.

Article publié dans The Edge Magazine Juillet 2023

Deed Julius – or the unlabelled art

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“Deed Julius is an enigmatic and boundary-pushing artist who defies categorization. With a penchant for embodying multiple characters and blurring the lines between art forms, he brings to life a phantasmagorical universe through performances, visual art, and music. Rejecting norms, Deed challenges conventions and embraces the unexpected. Drawing inspiration from diverse influences and fueled by spontaneity and improvisation, he creates immersive experiences that captivate and provoke thought. So how do we label the unlabelable…  with a unique blend of humor, irony, and flamboyance, Deed Julius pushes the boundaries of art, inviting audiences to question and explore the complexities of identity, society, and artistic expression.”

Alexandra Mas

interview by G.Wen

G.WEN: Deed Julius, who are you?

Deed Julius: Answering that question is difficult because my intention is to not identify myself, to reject labels, categorizations, and norms, and instead embody multiple characters. The only figure that could characterize me in my artistic activity is that of the blob. This creature with blurred boundaries, somewhat unsettling, capable of taking on any form, absorbing, transforming, and discarding everything it encounters. In one of my songs, I say, “I am not L, I am not G, I am not straight… I am just a blob, a loving blob.” That’s exactly it.

But more concretely, one day a few years ago, I decided to be an artist while qualifying myself as a “non-artist.” Through chance encounters, desires, and intuitions, I had the opportunity to create and present dozens of “performances” in diverse venues such as art galleries, nightclubs, bars, terraces, a cave, a porn cinema, and a laundromat. I also do drawing, photography, and songs.

G.WEN: Can you tell me about your artistic work and its concept?

Deed Julius: Initially, I don’t really have a concept but more of a desire. A desire to bring to life a mental, emotional, and phantasmagorical universe, to make it tangible through the embodiment of characters (or sketches of characters) during “performances,” as well as through my visual and sonic production.

It’s a universe where I mix everything, all styles. I play with contrasts, humor, irony, the ridiculous, and the flamboyant. Between refinement and coarseness, spectacle and non-spectacle, beauty and ugliness, thought and idiocy, grandeur and deliberate ridiculousness. The aim is to surpass, transcend all usual norms or frames of reference, and allow myself to do whatever comes to mind. I love and defend ambiguity. I enjoy not knowing exactly where I stand.

G.WEN: Tell me about the subject of your artistic research.

Deed Julius: I am interested in spontaneous creation and improvisation. I explore a way of creating where everything is fair game. What we call chance, what we call reality, are an infinite creative material. I explore intuition and the playful energy of childhood, embodied in an adult body. I also find it stimulating to approach an artistic field without mastering its techniques, embracing a form of raw art. I defend my characters, who all share the quality of being “bigger than life” and quite eccentric.

G.WEN: What are your artistic references and inspirations?

Deed Julius: I don’t have a single reference, but I believe I have been unconsciously nourished by multiple influences, mostly outside the realm of art since I originally had a very limited artistic culture.

As a child, I loved the worlds of Hara-Kiri and the cartoonist Reiser. I was quite fascinated by bizarre universes and horror films from the 80s. I can also mention John Waters, David Lynch, the Rocky Horror Picture Show, and Monty Python.

G.WEN: Can you elaborate on the creation of a particular artwork or performance?

Deed Julius: I think of an evening spent in a laundromat as part of the Nuit Blanche event organized by Le Générateur in Gentilly, with the “noise” group Fame Fatale.

I started with the name of the laundromat, “Lavatronic,” to recreate a universe referencing volcanoes, eruptions, and the idea of an ecstatic character who had come close to explosion during an exploration.

It was an opportunity for a long sound and textual improvisation, interactions with visitors, and moments of brilliance. Ultimately, we transformed this ordinary place into something strange, like a smoky spaceship, a leap outside of society, with no connection to volcanoes anymore.

G.WEN: What is your current artistic news?

Deed Julius: I often perform my songs at Castel Paris.

I will also take advantage of the summer to record new songs and continue writing a book of texts and photos, a kind of “blobist manifesto.”

G.WEN: How do you perceive or feel about fashion?

Deed Julius: I’m not very connected to fashion, but I appreciate clothing or, rather, costumes as a means of expression. That being said, I think some of my costumes could be highly relevant for Fashion Week. I appreciate clothing for its ability to transform, sublimate, or distort a body. I am sensitive to how they are “embodied,” not just worn but brought to life.

Page artiste Deed Julius sur la plateforme d Performances Sources

Performance Sources recense et met en valeur des artistes de la performance au sein d’une archive en constante évolution, enrichie d’entretiens, d’analyses, de réflexions et d’actualités. (plateforme soutenue par Le Générateur)

https://performancesources.com/archives/les-artistes/deed-julius

 

Article paru dans le fanzine des Beaux-Arts – Décembre 2018 – Auteur et auto-interview, Deed Julius.

Plus ou ou moins vers la quarantaine, Deed Julius, businessman de profession, a été pris d’un violent désir de « faire quelque chose ». Et en particulier faire quelque chose dans l’art vivant. Quelque chose de particulier. Comédien à la base grâce à une formation au sein de la compagnie La Nuit Comme en Plein Jour et la fréquentation inspirante des ateliers de David Noir, il a découvert un jour au Générateur la performance et la possibilité de faire un art vivant libéré des conformismes. Ce fut une rencontre fondamentale.

Le principe moteur de ses performances – des premières à l’occasion des 24 heures de la performance au Générateur en 2015 jusqu’à aujourd’hui – est simple : « faire tout ce qui me passe par la tête, et surtout par le corps indépendamment de toutes les conventions, avec une éthique simple ne pas imposer ni subir une quelconque autorité, faire le pari de l’intelligence et la responsabilité de soi et du public. L’intention n’est pas de transgresser à tout prix mais ouvrir des possibilités dans l’espoir de faire advenir quelque chose de singulier, rare, puissant, stimulant et suffisamment dérangeant pour perturber les certitudes et normes sclérosantes, y compris celles de l’art subversif/queer/underground/punk qui produit ses propres lourdeurs. Se débarrasser de tout ça et retrouver la capacité de créer librement en se basant sur cette énergie particulière – celle de l’enfance qui vient se mêler à ses désirs adultes – dans cette état particulier où le corps et l’esprit se rejoignent; l’imaginaire débridé, mélangé aux abysses du psychisme se nourrissant du réel et s’y imprimant. Bref revenir à l’essence de l’art quand il n’est pas un artisanat ou uniquement un exercice conceptuel et qu’on se fout d’avoir ou pas un statut d’artiste. Partager cette matière au plus proche du public et voir ce qu’il se passe… Laisser une grande place à l’ambiguïté, au trouble et aux interactions avec le public si elles se présentent.  »

Depuis plus de 3 ans, il a crée et joué une cinquantaine de performances » do it yourself » toutes différentes mais avec quelques traits communs : une large part laissée à l’improvisation, la sérendipité et la radicalité du mélange des genres : construction et déconstruction de formes spectaculaires , outrance et raffinement, lyrisme théâtral et banalité quotidienne, idiotie et réflexions philosophiques ou psychanalytiques profondes. Le tout mis en scène à travers des formes étranges, glam, flamboyantes, provocantes, clownesque, poétiques ou au contraire très sobres. « Je m’autorise toutes les libertés, toutes les fantaisies, en réduisant au minimum tout calcul quand au résultat. Je m’ouvre à l’expérience de laisser venir à moi tout ce qui se passe lors de la création et de la réalisation des performances, tout ce qui se présente dans le réel est bon à prendre. Il suffit de transformer et distordre un peu pour tout sublimer. Je refuse au maximum les jugements et la peur du ridicule qui est un véritable poison pour la création. Une forme de jouissance partagée est le signe que quelque chose d’essentiel a lieu. »

Ses performances sont présentées régulièrement dans les soirées La Galerie de Gwenael Billaud, au Cabaret de la Performance de Miss China, dans les Bals Rêvés d’Alberto Sorbelli, seul ou avec des complices, notamment, les performeuses Rugiada Cadoni, Amélie Pironneau , le poète Olivier Chébab ou au sein d’un Groupe de musique expérimentale nommé Groupe . Il parle aussi d’une méta performance qui consisterait à ne refuser aucune invitation, aucune rencontre et toujours proposer des performances nouvelles jusqu’à un éventuel épuisement du processus.

Au delà des performances, il développe son univers à travers textes, photos, vidéos dans l’esprit du détournement permanent. « Détourner, changer le cours de…oui c’est exactement ça. Quelque soit la forme je ne parle que de ça. Dépasser la fatalité des conditionnements sociaux et tracer son propre cours. »