DEED JULIUS

Instinct de jeu – Travestissement – Outrance – Ambiguïté – Mélange des genres – Transgression – Expérimentation – Lyrisme

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« Je mens bien sur, Il y a entre moi et le réel une grosse hypothèse. « 

Deed Julius n’est pas un artiste.

Il consacre son temps de vie de « non artiste » à chercher à dénicher et collecter dans le « réel » et le « quotidien » de la matière monstrueuse et mystérieuse, qui sera restituée sous formes diverses (vidéos, photos, textes, performances théâtrales) quand l’occasion et le désir se présente.

Sa méthode se veut hasardeuse et rapide – tout est bon à considérer- le beau et le laid, le bien et le mal, le sublime et le banal, toutes les rencontres, tous les échanges sont une occasion à stimuler une machine psychique à produire des formes vivantes. Jouer avec tout. Tout mélanger. Cette machine semi-automatique, semi-consciente et chaotique se nourrit de désirs, d’émotions et d’un idéal libertaire qui consisterait à ne pas subir ni imposer de pouvoir non consenti.

Son ambition est de créer de l’ambiguïté, des personnages, des images, des relations et des situations où les relations sociales peuvent être bousculées.

Explorer comment une situation peut se modifier quand la vie intérieure et le désir s’expriment avec le minimum d’entraves.

La « réalité » n’étant souvent qu’une image aliénante fabriquée, il pense qu’il est vital de l’augmenter pour faire advenir autre chose de plus stimulant.

Son mode d’expression favori est le jeu qui utilise les armes de l’humour, de l’exhibition, du travestissement, du détournement, du grotesque, de l’outrance, de l’idiotie et de la relation directe avec ceux/celles qui sont là, les yeux dans les yeux.

C’est un projet sérieux.

Article paru dans le fanzine des Beaux-Arts – Décembre 2018 – Auteur et auto-interview, Deed Julius.

Plus ou ou moins vers la quarantaine, Deed Julius, businessman de profession, a été pris d’un violent désir de « faire quelque chose ». Et en particulier faire quelque chose dans l’art vivant. Quelque chose de particulier. Comédien à la base grâce à une formation au sein de la compagnie La Nuit Comme en Plein Jour et la fréquentation inspirante des ateliers de David Noir, il a découvert un jour au Générateur la performance et la possibilité de faire un art vivant libéré des conformismes. Ce fut une rencontre fondamentale.

Le principe moteur de ses performances – des premières à l’occasion des 24 heures de la performance au Générateur en 2015 jusqu’à aujourd’hui – est simple : « faire tout ce qui me passe par la tête, et surtout par le corps indépendamment de toutes les conventions, avec une éthique simple ne pas imposer ni subir une quelconque autorité, faire le pari de l’intelligence et la responsabilité de soi et du public. L’intention n’est pas de transgresser à tout prix mais ouvrir des possibilités dans l’espoir de faire advenir quelque chose de singulier, rare, puissant, stimulant et suffisamment dérangeant pour perturber les certitudes et normes sclérosantes, y compris celles de l’art subversif/queer/underground/punk qui produit ses propres lourdeurs. Se débarrasser de tout ça et retrouver la capacité de créer librement en se basant sur cette énergie particulière – celle de l’enfance qui vient se mêler à ses désirs adultes – dans cette état particulier où le corps et l’esprit se rejoignent; l’imaginaire débridé, mélangé aux abysses du psychisme se nourrissant du réel et s’y imprimant. Bref revenir à l’essence de l’art quand il n’est pas un artisanat ou uniquement un exercice conceptuel et qu’on se fout d’avoir ou pas un statut d’artiste. Partager cette matière au plus proche du public et voir ce qu’il se passe… Laisser une grande place à l’ambiguïté, au trouble et aux interactions avec le public si elles se présentent.  »

Depuis plus de 3 ans, il a crée et joué une cinquantaine de performances » do it yourself » toutes différentes mais avec quelques traits communs : une large part laissée à l’improvisation, la sérendipité et la radicalité du mélange des genres : construction et déconstruction de formes spectaculaires , outrance et raffinement, lyrisme théâtral et banalité quotidienne, idiotie et réflexions philosophiques ou psychanalytiques profondes. Le tout mis en scène à travers des formes étranges, glam, flamboyantes, provocantes, clownesque, poétiques ou au contraire très sobres. « Je m’autorise toutes les libertés, toutes les fantaisies, en réduisant au minimum tout calcul quand au résultat. Je m’ouvre à l’expérience de laisser venir à moi tout ce qui se passe lors de la création et de la réalisation des performances, tout ce qui se présente dans le réel est bon à prendre. Il suffit de transformer et distordre un peu pour tout sublimer. Je refuse au maximum les jugements et la peur du ridicule qui est un véritable poison pour la création. Une forme de jouissance partagée est le signe que quelque chose d’essentiel a lieu. »

Ses performances sont présentées régulièrement dans les soirées La Galerie de Gwenael Billaud, au Cabaret de la Performance de Miss China, dans les Bals Rêvés d’Alberto Sorbelli, seul ou avec des complices, notamment, les performeuses Rugiada Cadoni, Amélie Pironneau , le poète Olivier Chébab ou au sein d’un Groupe de musique expérimentale nommé Groupe . Il parle aussi d’une méta performance qui consisterait à ne refuser aucune invitation, aucune rencontre et toujours proposer des performances nouvelles jusqu’à un éventuel épuisement du processus.

Au delà des performances, il développe son univers à travers textes, photos, vidéos dans l’esprit du détournement permanent. « Détourner, changer le cours de…oui c’est exactement ça. Quelque soit la forme je ne parle que de ça. Dépasser la fatalité des conditionnements sociaux et tracer son propre cours. »